Depuis l'espace, certaines rivières se reconnaissent au premier coup d'œil. La Betsiboka, qui se jette dans le canal du Mozambique près de Mahajanga, en fait partie : son estuaire dessine de grandes traînées orange et rouille dans l'eau bleue.
En juin 2018, un astronaute de la Station spatiale internationale en a pris une photographie restée célèbre. Les satellites européens Sentinel-2 ont aussi montré, en mai 2020, la différence de couleur de la rivière avant et après de fortes pluies.
Pourquoi cette couleur ?
L'observatoire de la Terre de la NASA l'explique : la couleur vient de la latérite, un sol riche en oxydes de fer qui se forme sous les climats tropicaux, quand les roches se décomposent. C'est elle qui donne à Madagascar son surnom de « Grande Île rouge ».
Quand les pluies de la saison humide ou les cyclones s'abattent sur les collines, ils emportent cette terre vers les rivières. L'eau se charge de sédiments et prend sa teinte rouille.
Une rivière qui charrie trop de terre
Selon la NASA, ces fortes charges de sédiments sont aussi liées à la déforestation : depuis les années 1950, au moins 40 % de la couverture forestière de Madagascar a été coupée. Sans arbres pour retenir le sol, la pluie l'emporte plus facilement.
Les conséquences sont visibles :
- L'estuaire se comble. Les navires de haute mer remontaient autrefois l'estuaire de la Betsiboka ; ils doivent aujourd'hui s'arrêter sur la côte.
- De nouvelles îles apparaissent. Les sédiments forment des îlots en forme d'amande, que les mangroves colonisent. Leurs racines entremêlées les maintiennent.
Ce que la rivière nous dit
La couleur de la Betsiboka est belle à voir, mais elle raconte une perte : celle d'une terre fertile qui part à la mer. Protéger les sols, replanter, garder la végétation sur les pentes : ce sont aussi des gestes pour l'eau.
Sources
- NASA Earth Observatory, A Close-Up View of the Betsiboka : earthobservatory.nasa.gov
- Copernicus, images Sentinel-2 de la Betsiboka : copernicus.eu
- Live Science, Earth from space: Madagascar's red lands : livescience.com